Paysagistes et covid 19

Le rôle post covid 19 des paysagistes au Maroc

Les paysagistes et les défis futurs des espaces publics ouverts.

Cette pandémie a révélé qu’en parallèle d’une crise économique et sociale, on est en face d’une nécessité de repenser nos espaces publics en matière d’usage, de résilience et de leur adaptabilité.

Dans ces circonstances les acteurs locaux appuyés par les professionnels sont appelés à renouveler et innover l’approche de l’aménagement du territoire et le mode d’habiter et surtout lier l’urbanisme et aux conditions sanitaires. Aujourd’hui il faut se poser la question pour trouver des réponses aux dysfonctionnements de nos villes et notre mode d’habiter face à de telles crises qui peuvent prendre toute autre forme. Les dernières statistiques montrent que d’ici 2040, plus de 70% de la population va vivre dans les villes. Ces projections doivent en effet relancer un débat portant sur la qualité de vie dans ces agglomérations.
Cette problématique est d’actualité et elle a besoin d’être élucidée compte tenu de la situation actuelle où le corona virus oblige les gens à respecter les mesures de sécurité et surtout une distanciation sociale entre les personnes, ce qui est souvent difficile.

Ce comportement devenu impératif et obligatoire va sans doute amener les aménageurs à repenser la conception de la ville de demain et adapter celles existantes à un mode de vie caractérisé par le confinement et les mesures hygiénistes nécessaires pour vivre en bonne santé, se protéger et protéger les autres. Une nouvelle conception qui donne la possibilité de circuler aisément en respectant les mesures de distanciation sociale. Ceci n’est possible que si plus d’espaces libres seront aménagés, ce qui amène les urbanistes à prévoir plus de parcs, jardins, rues piétonnes et places. Ce déficit a été largement constaté lors du confinement car les citadins des groupes d’habitations denses ont des difficultés de s’aérer en dehors de leurs logements par manque d’espaces verts aménagés dans leurs quartiers.
Les urbanistes seuls auront la tâche difficile pour rééquilibrer entre les zones bâties ou à bâtir dans le cadre des extensions futures, et les espaces libres ; chose qui peut être maitrisée à l’aide de l’implication des paysagistes concepteurs.

Cette association des paysagistes à côté des urbanistes nous avons eu l’occasion de voir ses résultats dans notre pays lors de l’élaboration des premiers plans d’aménagement des villes de Rabat, Marrakech, Meknès, Fès et Casablanca par JC Nicolas le forestier ; qui a mis en place un nouveau modèle d’espaces libres à l’échelle de la ville, à l’instar de son système parcs en France, qui fait école toujours dans l’histoire de l’urbanisme. Les grandes allées promenades de Rabat sous forme de jardins linéaires où tous les modes de mobilité en milieu urbain cohabitent, dans une parfaite harmonie paysagère. Ce modèle est sans doute une solution idéale et écologique pour l’aération de la ville et sans doute une amélioration de son hygiène. Cette rétrospective est nécessaire pour lancer les jalons d’un nouveau comportement face aux espaces ouverts paysagers en cette période, mais aussi une réflexion à moyen terme sur l’aspect morphologique et esthétique de nos futures villes et quartiers.

Plusieurs villes, si ce n’est pas la majorité sont caractérisées par de grandes densités de la population, connaissent malheureusement un déficit flagrant d’espaces libres. Généralement ces espaces sont des espaces non bâtis en milieu urbain, désignant l'ensemble des espaces destinés à l'usage du public, sans restriction. Ils concernent essentiellement les zones de circulation ou de rassemblement tels que les places et les jardins. Ils sont surtout des espaces d’interaction et de vie sociale et des espaces agréables de promenade. Ces espaces manquent à nos villes et leur rôle d’apaisement et de détente est constaté pendant cette période de confinement. Ceci nous amène à innover et chercher dans un premier temps un équilibre entre les masses bâties et la voirie qu’il faut réinvestir, pour avoir plus d’espaces dégagés afin de permettre une distanciation sociale ; ceci passe par réduire l’espace réservé à la voiture et rendre nos quartiers existants et futurs vivables et résilients dans des circonstance difficiles de pandémies, sinistres ou même de grande pollution atmosphérique en milieu urbain.

Par ailleurs, les pouvoirs publics et les professionnels sont dorénavant tenus de changer les concepts de l’appropriation des espaces extérieurs passant par l’adaptation des espaces publics en général avec les mesures de santé publique en temps de crise sanitaire, réduire l’affluence sur les espaces ouverts et la mise à niveau des quartiers sous-équipés en espaces verts et places.

Comme solution pour supporter le confinement et vivre agréablement en général c’est la promotion des Eco quartiers, comme solution au déficit en espaces libres et plantés où on peut vivre en ville dans un cadre agréable et pouvoir sortir et bouger sans s’éloigner de chez soi car ils peuvent concentrer la mixité sociale et fonctionnelle à savoir les logements, les services du quotidien : commerces, école, loisirs,... dans un environnement sain et durable. En périodes de confinement et les mesures de protection à respecter après, les éco quartiers participent à réduire aussi l’impact en matière de propagation des pandémies car ils sont conçus pour favoriser les déplacements à pied et à vélo et limiter l’usage de la voiture.

Azzedine AMINE, Paysagiste ENSP Versailles Mai 2020.